1988-1989: Coupe d'Europe

L'incartade: Ange ou Démon?


J-1 avant le match retour contre Split. Pas de Brooks à l'entraînement du matin et pas plus  de Collins aux deux entraînements de la journée. "Des sanctions financières pour tenue ne correspondant pas à celle d'un athlète de haut niveau" sont tombées, précisait X. Popelier. A la veille d'une rencontre européenne, voilà qui faisait désordre.
Ce fut une affaire qui aurait probablement fait nettement moins de bruit si Collins n'avait pas confié à Maxi-basket, avec énormément d'émotions, avoir passé une partie de sa vie à se sortir de l'emprise de la drogue. X. Popelier dut remettre à l'heure les pendules: "Nous devons assurer une fin de saison conforme à nos objectifs. Alors, nous avons pris des sanctions, mais on ne peut aller plus loin. A nos américains de prouver que celà n'était qu'un accident." A propos de Collins: " c'est vrai que nous l''avons fait signer pour deux ans. Mais comme dans tout contrat, le sien comporte la notion de faute professionnelle. Son avenir est donc entre ses mains. Un avocat américain avait dit à l'époque à mon fils: 'ton père fait une erreur en embauchant Collins. Il y aura des problèmes relationnels avec lui'. Mais, il n'avait pas parlé explicitement de la drogue et il s'était même déclaré par la suite étonné de voir la qualité d'adaptation du joueur de Limoges."  Richard Dacoury lui dira: "c'est décevant quand on mesure que tous les efforts pour bâtir un groupe peuvent être balayés en peu de temps."
Collins et Brooks au coup d'envoi du match contre Split ont déclaré : "nous avons commis une faute, nous acceptons la sanction. Nous souhaitons infiniment le pardon de tous, joueurs, dirigeants, public,...".
Cette histoire finit sur un happy-end avec une victoire du CSP, un Brooks à 18 pts, 9 rbs et Collins à 19 pts, 9 rbds, 7 pds et 5 interceptions.

Split - Limoges

Limoges débarqua à Split sans rien connaître de cette équipe, sans avoir visualiser une seule vidéo. De son côté Split avait lancé un seul mot d'ordre "Kukoc doit absolument arrêter Collins". Au final, c'est tout le CSP qui fut arrêté : "Ils ont joué toutes nos faiblesses et tout de suite. Si nous manquions de renseignements, eux visiblement pas. J'ai essayé de changer plusieurs fois de systèmes, mais à tous les coups je trouvais en face la défense adéquate. Ils connaissaient tous nos sytèmes" témoigna Beugnot. Et dans ce contexte, Collins se retrouva trop vite isolé et se mélangea les pinceaux. Split rafla la mise par 87 à 78. Collins marqua 19 pts (meilleur marqueur du CSP).

Limoges- Tel-Aviv

On pensait que Limoges ne tiendrait pas physiquement dessous, on s'attendait à un match difficile face au favori de ce championnat. Ce ne fut pas exactement le cas, Brooks et Ostrowski ont largement fait leur job... mais voilà, si Dacoury et Collins ont su contenir les ailiers Israéliens et Jamchi en particulier, ils sont aussi passés complètement à travers le match. 17% de réussite pour Don Collins qui ne trouva jamais ses marques sur ce match. Très clairement depuis Split, le Cobra traversait une période sombre, il était dans le trou. Dans cette faillite extérieure, l'équipe de Zvi Sherf a largement dominé le CSP 87 à 67. Dacoury admit avoir eu honte de sa prestation et de celle de Collins qui fut incontestablement LA grosse déception.

Pesaro-Limoges

Dans ce contexte, Limoges se devait clairement de gagner en terre italienne... encore une fois, Limoges revint avec une défaite, mais celle-ci était honorable. Le CSP avait mené une bataille à la hauteur de ses guerriers et échoua sur le fil 90-84. Sur ce match, Collins fut à nouveau sobre, au service de l'équipe, solidaire au rebond défensif... ne cherchant plus la solution seul, il finit le match avec 33pts à son compteur.

CSP-Den Bosch

Un match sans trop de pression pour Limoges si ce n'était qu'il  fallait obtenir sa première victoire. La véritable attraction de ce match fut le duel Don Collins / Paul Thompson. Et si le CSP écrasa Den Bosch par  107 à 70, Collins limita Thompson à 21 pts avec un pourcentage catastrophique et inscrivit 33 pts dans la foulée.

Barcelone-Limoges

Limoges à l'attaque du 2e grand favori sans Dancy. Arrogant les espagnols? En tout cas, Limoges taquina l'exploit en s'inclinant de 2 pts (82-84). Une défaite dans les dernières secondes.... Collins, l'homme du match, garda la balle le plus longtemps possible, fixa les défenseurs du Barça et donna la balle franchement à Dacoury qui n'avait plus qu'à shooter à 3pts....raté, mais l'essentiel était là, Limoges a montré qu'il faisait partie des grands.  Collins marqua 25 pts et étouffa littéralement San Epifanio dans les dernières minutes sur une boîte.
 

Aris Salonique / Limoges

Dans l'enfer grec, Limoges frôla encore l'exploit... Si Limoges prit rapidement les devants, il a suffi que les grecs mettent en place une zone pour que le CSP en perde son latin. Que dire de plus? un gros combat de Limoges, des arbitres qui n'osaient pas toujours siffler des fautes dans cette arène (agressive?) en folie ... un Yannakis (trop?) hargneux dans sa défense (douteuse?) sur Collins. En tout cas, Limoges joua tout intérieur sur Ostrowski et ne passa pas loin de faire trembler le temple grec. Ostrowski fut le meilleur marqueur de la rencontre avec 20 pts, juste devant Collins (18 pts).

Limoges / Moscou

Limoges recevait le dernier et pourtant... ce fut une nouvelle défaite du CSP qui provoqua la colère de Popelier: "L'équipe a été catastrophique. Nulle, mais elle n'est pas la seule. Le public aussi a été catastrophique et nul. Je me demande s'il mérite une Coupe d'Europe lorsque l'on voit ce qui se passe à l'extérieur. Partout, on se fait allumer. Ici, pas la moindre pression sur l'arbitrage". Collins fut étouffé par la défense moscovite en seconde période et se contenta de 16 pts.

Limoges / Split

Un match difficile en vue. Un Limoges revanchard. Collins et Brooks à la faute. Dacoury absent. Rien n'était réuni. Mais Limoges reste Limoges et domina Split sur un dernier dunk de Brooks bien servi par Collins dans les dernières secondes. Victoire 95-93. Collins fut très discret en première période (des suites de sa fiesta?). A 10' de la fin du match, c'était la parfaite égalité. A 8'35 sur un 3 pts de Julien et 2 pts de Beugnot, Limoges prenait le large (82-73). A l'heure du money time, Collins se réveilla enchaînant de 2 un contre un, puis ratant un shoot, il intercepta aussitôt derrière pour remettre encore 2 pts. A 28 secondes de la fin Limoges ne menait que d'un petit point. Si Ostrowski inscrivit 31 pts, Collins fut LE joueur décisif, il sortit le grand jeu dans les dernières minutes avec au final 19 pts, 9 rbds, 7 pds et 5 interceptions.

Limoges / Tel-Aviv

Pour avoir encore une toute petite chance de participer au Final Four, le CSP se devait d'aller s'imposer à Tel-Aviv. Un sacré exploit. Ce n'en fut rien, mais Limoges n'était pas passé loin d'avoir réussi le casse du siècle. A la pause, c'était l'égalité parfaite, le CSP avait bien été aidé par un Collins des grands soirs (6/6 au shoot). Hélas en seconde mi-temps, la 4e faute du Cobra changea la donne, laissant libre un Jamchi qui, bien tenu jusqu'alors , inscrivit lui aussi un 6/6 au shoot dont 4/4 à 3 pts.  Gomez avait dit sur Collins : "La 4e faute de Collins nous a obligés à passer en zone. Il y a alors eu un flottement et, à l'opposé, on n' a pas su réagir sur Jamchi. Par rapport à ce que nous avions prévu, tout a parfaitement fonctionné. Don tenait la maison, il a fait un match parfait".  La qualification du CSP était définitivement impossible malgré un superbe Collins auteur de 35 pts.

CSP - Pesaro

Limoges n'avait plus qu'un rôle d'arbitre. Mais quel arbitre? Limoges domina Pesaro au cours d'une superbe rencontre. Encore une fois, Collins fut celui qui mit Limoges sur orbite au moment clef: tout d'abord un contre monstrueux de Collins  suivi d'une contre attaque conclue par un Dunk de Dacoury, Limoges prenait 9 pts d'avance... il s'en suivit un panier à trois point des italiens, annihilé par Pascal Julien, puis Le cobra intercepta deux ballons qu'il déposa dans le panier adverse.... Limoges avait définitivement pris le match en main. Collins ne marqua que 16 pts mais distribua 10 caviars.

Den Bosch - CSP

Limoges a tout simplement signé son premier succès à l'extérieur sur un score de 101-86 dont 19 pts de Collins.

CSP - Barcelone

Le match de la revanche. Mené de 11 pts en première période, le CSP a effectué un superbe redressement en deuxième mi-temps sous l'impulsion d'un Collins royal. A la 32e minute, le Barça avait encore les commandes du match (86-83), la tension montait d'un cran... Collins prenait la marque à son compte par deux paniers successifs. Puis plus tard, suite à une rebond offensif d'Ostrowski donna 6 pts d'avance à Limoges (99-93).... sur sa lancée, il envoya le CSP au dessus des 100 pts avant de commettre sa cinquième faute (102-95). Sans Collins, Limoges boucla la partie par 104 à 101. P. Sardain, dans sa revue des joueur, disait de Collins : "Il convient d'abord d'honorer le Collins défenseur. Celui qui mit sous l'éteignoir un San Epifanio plus livide que d'ordinaire. Sa Majesté comme il est appelé en Espagne, a passé une bien mauvaise soirée. Ensuite, il y a le Collins offensif. Oh, pas la gachette, mais celui qui selectionne ses shoots comme d'autres les oeufs frais. Tout celà vous donne une sauce particulièrement exquise".  Voici le plat du jour proposé par le chef ce soir là: 12 paniers sur 17 tirs, 28 pts, 6 rbds, 10 pds. Bon appêtit. Ce match laissa cependant beaucoup de regrets aux limougeauds.

CSP- Aris Salonique

Limoges a pris sa revanche sur L'Aris dans les ultimes minutes et a prouvé qu'il était bien digne de l'épreuve. Que de regrets!... Collins a complètement raté sa première période, rappelé par Gomez sur le banc. En seconde période, on vit à nouveau le Collins incisif et décisif. Sur ce match, il fut le meilleur marqueur limougeaud avec Dacoury. Tous deux marquèrent 21 pts.

Mouscou - CSP

Le Populaire titrait : "le Match de trop". Lourde défaite du CSP 116 à 97, avec Collins (12pts) et Brooks (5 pts) à côté de la plaque.


Quand Don parle de Collins à Maxi-basket

la drogue, sa famille...

On ne peut pas vraiment dire que j'ai eu une enfance malheureuse. Ce qui m'a fait mal, très mal, c'est de devenir un adulte... J'ai plongé dans la drogue assez tôt. Et ça a été sérieux... Je suis passé deux fois en cure de désintoxication. La première fois quand j'ai commencé, j'avais 21 ans. La deuxième fois quand j'ai replongé, j'avais 23 ans... Pourquoi?... bien c'était comme un défi que je ne pouvais pas ne pas essayer. Quelque chose que je devais expérimenter moi-même. Alors je l'ai fait, et avant de m'en rendre compte, j'étais déjà pris dans l'engrenage, plus que je ne l'aurais voulu...  J'étais accroc à la drogue.... je le suis encore et je le serai sans doute toujours....Intérieurement. C'est à dire que je ne touche plus à la drogue, mais quand tu as vécu ça, tu ne l'oublies pas.... aujourd'hui, je prends la vie comme elle vient... Pendant mes problèmes de drogues, mes parents ne comprenaient pas (ndlr: Collins est toujours resté proche de ses parents, de son père décédé d'un cancer en 1988... une autre blessure). Ce qui m'arrivait leur échappait complètement. C'était un problème d'une autre génération, ça les dépassait. Mon père a été très dur . Ils m'ont fait comprendre que c'était à moi seul de prendre ma décision: où je choisissait de m'en sortir ou je tombais encore plus bas que je ne l'étais déjà... Mais ils m'ont toujours donné leur soutien. Quand on a commencé à raconter des horreurs sur moi, que les rumeurs couraient ici et là; ils ne m'ont jamais laissé tombé. Ils étaient toujours derrière moi, ne m'ont jamais accablé. Ils étaient à mon côté à 100%... Quand je me suis marié, j'avais 17 ans. Mais ma femme et moi sommes séparés depuis 3 ans, et nous sommes actuellement en instance de divorce. Et j'ai deux filles.... Oh oui, deux superbes filles de 6 et 9 ans....Ca a été dur de les élever, à cause de tous ces problèmes de drogue. Mon mariage n'allait plus très bien... il fallait que je prenne une décision, que je fasse quelque chose.... je me droguais toujours, ça a duré 4 ou 5 ans. Et quitter mes enfants, ça m'a déchiré. Mais, je pensais que c'était une question de survie pour nous tous, et puis pour elles, le meilleur moyen d'avoir la vie que je rêvais qu'elles aient...je DEVAIS partir... et aujourd'hui je pense que c'est la meilleure décision que j'ai prise dans ma vie...

la NBA, le basket, la drogue...

En fait, quand j'ai commencé à arrêter de jouer en NBA, c'était effectivement dû aux conséquences de mes problèmes de drogue. Ca a beaucoup influé. Mon tempérament aussi. J'avais du mal à réaliser ma transition vers l'âge adulte. C'était très dur pour moi, et je n'appréciais même pas vraiment ma chance d'être en NBA. Je ne considérais pas çà comme mon travail, mon métier...Non, je voyais ça comme des vacances; tout ce que je cherchais c'était m'amuser, me faire plaisir tout le temps. Sur le terrain, je jouais bien, mais en dehors, je menais une vie détraquée.Ca m'a pris toutes ces années où je ne jouais plus en NBA pour réaliser ce que j'avais fait. Comme si la seule façon d'être conscient de ce que tu fais, c'est de faire tes propres erreurs et de prendre après les décisions toi-même...Aujourd'hui, je n'ai pas de regret. Aucun....j'ai tellement appris... La plupart des gars qui ont pris le même chemin que moi à l'époque n'ont plus aucune place dans le basket aujourd'hui... Et j'ai fait tellement de trucs insensés...j'ai été béni, j'ai eu de la chance, et je m'en rends compte quand je pense à eux.... Tu sais, il y a encore des gens chez moi qui disent: "Don Collins? C'est pas possible... Comment est ce qu'il peut encore jouer au basket?"


Ses aspirations....

La recherche de la paix de l'esprit. Le sens profond de la vie pour moi, est la paix de l'esprit. Tu peux avoir l'argent, le confort matériel, si tu n'as pas l'esprit en paix, tu n'as rien... La sérénité, une fois que tu as atteint la sérénité, tu as tout. Tout le reste est en plus. Je ne l'ai pas encore pour le moment. Mais j'y aspire, et j'y arriverai... peut être dans 4 ou 5 ans. Parce que je veux pouvoir en profiter, apprécier la vie.... je ne veux pas attendre d'avoir 60 ans...

Ce que Collins voulait qui reste de cet ITW (M-B n°69), et l'une des raisons de ce site

Ce qui me parait important, c'est que les gens aient appris à me connaître un peu mieux. A savoir que je ne suis pas cette image mythique du type dur au coeur froid qu'on a trop souvent de moi..... Image qui hélas lui colle encore à la peau 20 ans après!
 





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